Luther Manning est l'opposé absolu d'un homme destiné à finir comme arme, soldat certes, mais homme avant tout, mari, père, être humain dont la guerre était un métier, pas une identité. Il combat au service de son pays dans un futur proche dystopique, sans imaginer que la mort ne serait pas une fin mais un commencement bien pire. Lorsqu'il est tué au combat, une organisation militaire secrète récupère ce qu'il reste de son cerveau et le transfère de force dans un corps cybernétique de combat, sans son consentement, sans lui laisser le choix, sans même lui expliquer ce qui lui arrive. Rien dans son existence de soldat ne l'avait préparé à ça. Il se réveille dans un corps de métal sans avoir jamais demandé à revenir.
Deathlok apparaît pour la première fois dans Astonishing Tales #25 (1974), créé par Rich Buckler, dans la version Luther Manning, soldat tué et ressuscité comme cyborg dans un futur dystopique, dont l'errance entre humanité et machine pose les bases philosophiques du personnage. La version Michael Collins, introduite dans Deathlok vol. 2 #1 (1991) par Dwayne McDuffie et Gregory Wright, est la plus développée narrativement et la plus riche sur le plan émotionnel. Le corps cybernétique de Collins est une machine de guerre intégrale, force surhumaine, résistance aux dommages considérable, arsenal d'armes intégré, mais sa caractéristique la plus originale est l'ordinateur de combat interne qui calcule en permanence les stratégies offensives optimales, souvent en contradiction directe avec les décisions morales de Collins. Ce dialogue constant entre la conscience pacifiste d'un père de famille et la logique froide d'une machine programmée pour tuer constitue le moteur narratif le plus puissant du personnage et l'une des explorations les plus honnêtes de l'identité sous contrainte. Collins combat Roxxon Corporation et Cybertek, les organisations responsables de sa mort et de sa transformation, tout en cherchant à retrouver son corps original et à recontacter sa famille sans les mettre en danger. Il collabore avec S.H.I.E.L.D. et les Avengers lors de menaces dépassant ses capacités individuelles, mais ces alliances restent fonctionnelles plutôt que profondes, Collins n'est pas un héros par vocation, il est un homme piégé qui essaie de faire le bien avec les mauvais outils qu'on lui a imposés. Sa quête est double et indissociable, démanteler les systèmes qui l'ont créé, et retrouver une humanité que personne n'avait le droit de lui arracher.
Deathlok est l'une des explorations les plus honnêtes et les plus humaines du thème cyberpunk, un personnage dont la tragédie n'est pas la puissance mais l'impuissance totale, prisonnier d'un corps de guerre conçu pour tuer alors que tout ce qu'il désire est rentrer chez lui boire un café avec sa femme et serrer son fils dans ses bras. Son importance tient à la richesse de ce paradoxe fondateur et à sa capacité rare à questionner ce qui définit l'humanité lorsque le corps qui la portait a disparu et a été remplacé par quelque chose d'étranger. Le thème central qu'il incarne est celui de l'humanité résiduelle contre la programmation, la conscience qui refuse catégoriquement de se laisser réduire à sa fonction, et qui continue à résister même quand toutes les logiques lui disent d'abandonner.